Je sais que je ne sais rien ». Cette citation de Socrate, Loïc Malnati la porte tatouée sur le bras. Et lorsqu’on feuillette la vingtaine de bandes dessinées qu’il a déjà publiées, on ne peut qu’être saisi par leur multiplicité de styles, allant de l’hyperréalisme à la caricature en passant par les dessins enfantins. Dans son studio graphique à Nice, il pousse la technique puis se remet chaque fois à l’ouvrage comme s’il repartait de zéro. « Le sens doit pour moi primer sur l’esthétique, même si mettre les formes est une coquetterie, une bienséance qui peut détendre le lecteur comme un sourire », s’amuse ce virtuose. Dans sa carrière d’auteur-illustrateur, il a pourtant ressenti à un moment le besoin de faire une pause : « A partir des années 1990, la BD s’est beaucoup développée et a fini par devenir très chic. Les éditeurs ont pris le pouvoir et les auteurs sont devenus des mouchoirs de poche jetables. J’en étais arrivé à un point où je faisais les dessins sur commande. J’avais besoin de renouer avec la créativité. C’est alors que j’ai fait mes premiers tatouages, sur des amis, et ça a cartonné. »
En matière de bodymod, il a en effet développé un style inspiré du steampunk, dans le sillage de la machine à vapeur. Un monde vintage peuplé de pantins, personnalisables à l’envi. Un monde en noir et blanc avec des touches colorées au rendu aquarelle, que l’on peut aussi retrouver dans ses Contes mécaniques. S’il fait aujourd’hui beaucoup de créations graphiques pour d’autres shops en France, le quarantenaire tatoue encore de temps en temps, toujours à main levée et en création directe. « Je n’ai jamais gommé quand je dessinais étant enfant et on me le reprochait », ironise celui qui aime aussi à dépeindre son métier avec humour comme en témoigne Dédé-Tattoo, sa dernière BD à succès. Un délire entre Harakiri et Fluide Glacial, des gags très cash et jubilatoires autour d’un tatoueur à l’ancienne. Dans ces planches, il ironise sur ces tatouages flash représentant l’infini, en mode plus impersonnel que ça tu meurs ! Comme quoi, dans l’univers en plein boom du dessin indélébile, il y a vraiment tatouage et tatouage.
Par Tanja Stojanov – Photo Sophie Boulet




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