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PORTRAITS

Ils sont artiste, cheffe étoilée, designer ou apiculteur, pilote automobile ou créatrice de mode. Leur point commun ? Ces personnalités glamour ou au cœur de la vie culturelle, économique et sociale régionale sont les moteurs de l’actualité azuréenne. Découvrez sans filtre le témoignage de leur parcours, leurs rêves, leurs ambitions et leurs projets à venir.

décembre 2017

Laurence Jenkell

  • Une femme au bord du monde

 

 

 
 JENKELL

 

Elle a cette spontanéité, cet enthousiasme, cet émer­veil­lement de la vie que cultivent les philosophes mais que beaucoup d’adultes perdent malheureusement, après avoir été enfants. Et derrière l’apparence lisse de ses bonbons colorés, des sculptures qui ont fait le succès de Laurence Jenkell, il y a comme un feu intérieur, un besoin impérieux de dire aux autres. « Le bonbon me colle à la peau. J’en étais privée étant petite, c’était strictement interdit », glisse l’artiste en nous ouvrant à nouveau les portes de son gigantesque laboratoire de la zone industrielle de Vallauris. Petite revanche, et non des moindres, d’avoir fait de ce comestible sucré d’abord une sculpture et surtout un art, prisé des collectionneurs et des amateurs, et déployé à l’international dans les fondations et musées. Des Bonbons Wrappings en Plexiglas de 80 cm, avec les ballons de la Coupe du monde de rugby en leur cœur, aux Bonbons Drapeaux* en résine polyester de 2 à 5 mètres de haut, qui ont jalonné La Croisette à la faveur du G20, Laurence Jenkell laisse exploser son imagination. Un dur labeur quotidien en atelier, un défi pour façonner la matière, un combat dans l’univers de l’art, contre le machisme et le cynisme, livré avec charme et un grand sourire. L’artiste « jenkellise » le monde, grâce à ce geste qui fait sa signature : le « twist ». Ayant voyagé dans de nombreux pays avec sa friandise sculptée, elle dévoile les émotions qui l’animent et prend désormais position sur l’écologie et l’environnement à travers la Wrapping Poubelle. Et d’expli­quer : « Face à la disparition d’espèces, au réchauffement clima­tique et à tout ce gaspillage, ces déchets, j’ai souhaité alerter le grand public, exprimer mon rejet par cette torsion. Une poubelle, ce n’est pas simplement quelque chose de sale, c’est aussi un moyen de faire le tri. » Après les ready-mades, le pop art et le Nouveau Réalisme, elle hisse un objet mal-aimé au rang d’œuvre, en le mou­lant en aluminium. La petite fille qui règle ses comptes est aussi aujourd’hui une artiste assumée, qui délivre un message politique.

 

Par Tanja Stojanov

Photo Jean-Michel Sordello

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