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VIVRE SA VILLE

De la création de produits originaux aux nouvelles technologies de l’information et la communication, les entreprises azuréennes sont un véritable atout de la région. Economie, banque, immobilier, urbanisme, architecture… cette rubrique se place au plus près des initiatives et transformations de nos villes. Ici, le concours ArchiCOTE vient également tous les ans récompenser les projets d’architectes les plus engagés et inscrits dans leur territoire.

septembre 2024

Luc Svetchine

« La fluidité des lignes »  

Architecte azuréen, concepteur de villas en osmose avec le patrimoine architectural et végétal, et auteur de l’extension du Grand Hôtel du Cap Ferrat, ce prix récompense son œuvre.

Prix Carrière

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Une première villa réalisée par l’architecte dès son diplôme.
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Cultiver la continuité entre intérieur et extérieur.
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Luc Svetchineva contribué à l'extension du Grand-Hôtel du Cap Ferrat.

La première réalisation de Luc Svetchine ? Une maison contemporaine en béton brut baptisée Les Trois Caps, implantée au milieu des pins au Cap Ferrat, avec vue sur le Cap Martin et le Cap d’Antibes. « Une chance, car le client m’avait laissé carte blanche ce qui est rare dans ce métier, s’enthousiasme ce fils d’architecte, diplômé en 1981 après ses études à Versailles puis Marseille. Cette maison s’appuie sur les masses rocheuses présentes sur le site et s’affirme par elle-même avec son béton brut. Elle s’épanouit en zigzag au milieu des pins, devenant indétectable, invisible. En ethnologie, on parle du respect du droit du premier occupant ! » S’il apprécie autant les réalisations de Palladio que de Jean Nouvel, Luc Svetchine s’affaire aujourd’hui à la création d’une BD autour de ses sources, des architectes qui l’ont le plus marqué. « Ce sont mes influenceurs, lance-t-il avec humour. Pour ma part, je travaille surtout sur l’évanescence des lignes et des formes, ce qui ne veut pas dire qu’elles n’existent pas. Dans mon livre Nice, voyage en poétique architecturale, je citais déjà cette chanson de Jean Sablon interprétée par Trénet, Vous qui passez sans me voir. On passe souvent devant des bâtiments sans y prêter attention, mais si un jour on s’arrête comme le font les dessinateurs, les photographes, alors c’est un autre monde qui s’ouvre. » En art aussi, les chefs-d’œuvre ne sont généralement pas ceux qui s’imposent d’emblée, qui disent tout ce qu’ils sont au premier regard ; au contraire, ce sont ceux qui, lorsqu’on y prête attention, révèlent dans la subtilité de leurs détails une profondeur, qui s’apprécie sur l’instant et prend d’autant plus de valeur que les années passent.

 

Hôtels emblématiques de la Côte d’Azur

« Si les très grandes agences sont surtout des maîtres d’organisation, je me situe pour ma part à cette échelle conceptuelle passionnelle où, comme un comédien qui doit savoir jouer tous les rôles, l’architecte doit avoir une palette étendue », explique Luc Svetchine, qui dans son atelier à taille humaine travaille à des projets de villas privatives, réalisations hôtelières mais aussi de restauration en patrimoine. « Il y a une continuité entre l’amour du patrimoine, ce socle commun, et la dernière touche, qui devient le dernier maillon essentiel. Claude Debussy faisait une musique révolutionnaire parce qu’il avait étudié au préalable toutes les harmonies tonales de Jean Sébastien Bach ! ». Luc Svetchine a ainsi réalisé une extension contemporaine de 2 000 m2 du Grand-Hôtel du Cap-Ferrat ; un ouvrage qui se développe librement en éventail dans la pinède sans entrer en friction avec le bâtiment historique. Il a contribué aussi à plusieurs extensions du Château Saint-Martin & Spa à Vence, un site templier à l’origine, et ce en collaboration avec le paysagiste Jean Mus qui l’a éveillé à l’art paysager. Intervenu également dans les transformations de l’Hôtel du Cap Eden Roc, son nom est ainsi attaché à des établissements mythiques de la Côte d’Azur : « Je me concentre actuellement sur le Château de la Garoupe à Antibes. Ce sont des projets faits en collaboration avec les ABF, où la marge de manœuvre est étroite ; ce n’est pas l’ego que l’on met ici en avant, mais le maillon supplémentaire qui perpétue et régénère la chaîne ».

Intelligence artificielle et dessin mobilier

« Les réalisations à l’étranger sont aussi de passionnantes occasions de voyage et rencontres humaines, poursuit Luc Svetchine, qui a œuvré au Japon, dans le Golfe, au Liban, en Arabie Saoudite et sur l’île de la Réunion à la faveur de deux constructions. Pour la première, le client a souhaité que je reprenne l’esprit de la Villa Les Trois Caps. La seconde s’inscrit quant à elle dans un lieu de grande valeur touristique à La Saline-les-Bains, protégé pour sa barrière de corail. J’ai donc proposé pour ce site sensible une villa contemporaine qui reprend l’esprit des maisons créoles, avec cette ambiguïté entre intérieur et extérieur. J’y ai dessiné tous les meubles sur mesure, les tables de chevet, tables basses et consoles, et le client m’a fait confiance jusqu’aux couverts. C’est d’ailleurs une constante dans le travail à l’agence : s’investir et faire front aussi bien dans la définition du concept de base que dans le traitement du détail. » Un travail qui ne serait pas possible sans une équipe. Et d’ajouter : « Si nous avons besoin de saisies en BIM nous faisons appel à Thierry Tutin, et nous réalisons déjà un vaste travail de ping-pong entre le dessin à la main et l’informatique avec Mallory Pley, qui a écrit un ouvrage intitulé Du calque au clic. Il y a beaucoup de temps à gagner en mêlant le travail manuel et celui de l’IA, cela permet de se libérer des contraintes et se consacrer aux projets. » 

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